Lena est une femme active, joyeuse et positive. Viktor est laconique, calme. Lena et Viktor vivaient à Riazan. Lena et Viktor ont un fils Igor. Une famille tranquille allant son bonhomme de chemin. Igor était un travailleur indépendant. Tous les trois habitaient sous le même toit.
Un quotidien en pointillé
En mars 2026, leur fils est arrêté. Le quotidien du couple bascule soudainement, tragiquement. Lena et Viktor doivent quitter la ville en catimini. Lena et Viktor se retrouve à la gare de Moscou, Kazansky vokzal. Ils ont tout perdu, surtout leur Propiska. C’est la rue.
Où dormir, comment manger, se laver ? Les éternelles questions de survie des nouveaux sans-abris. Pendant des mois, Lena et Viktor connaissent l’errance, la déchéance. Ils recherchent un emploi, en vain. Sans papier, mission impossible ou alors au noir et encore. Lena et Viktor, comme tous ces malheureux, dorment un soir à la belle étoile, un soir dans une gare, ils s’alimentent des restes trouvés dans les poubelles des restaurants, quant à se laver, c’est au petit bonheur la chance.
Un soir
Les mois s’écoulent, nous sommes à la mi-août, Lena et Viktor entendent parler de Nochlechka, de son Bus de Nuit. Le couple rejoint la distribution de nourriture, parle de sa misère aux bénévoles présents. Le lendemain, Lena et Viktor se présentent au Centre d’Accueil. Nochlechka les prend sous son aile.
Ce qui me surprend le plus, explique l’assistante sociale, Yelena Karpova,c’est que très vite, le couple a retrouvé du pep, une envie d’aller de l’avant.
Je pense surtout à Lena, une sacrée bavarde et blagueuse. Elle connaît une multitude d’histoires et ne manque jamais une occasion de les raconter. Elle chouchoute son mari, prend soin de lui sécher les cheveux après chaque douche. Côté lessive et autres tâches ménagères, Lena est une véritable experte, triant méticuleusement leurs vêtements jusqu’à la nuance exacte de chaque t-shirt. Chacun de ses gestes est d’une précision chirurgicale.
Il est rare de trouver une telle énergie chez un sans-abri qui vient juste de quitter la rue, souligne Yelena Karpova. On dirait que Lena pourrait traverser n’importe quel océan !
Foi en l’avenir
Victor, lui est plus discret, silencieux, poursuit Yelena Karpova. Victor taquine parfois sa femme, mais toujours avec douceur et délicatesse, ayant une confiance absolue en elle. Il réagit avec sagesse et bienveillance à l’énergie, parfois débordante, et à l’expressivité expansive de Lena.
Aujourd’hui, je leur ai demandé comment font-ils pour garder une vision à la fois ironique et positive du monde ?
Lena : “Le plus important pour chacun, c’est d’être reconnu comme un être humain, pas comme un déchet.”
Victor, toujours silencieux et imperturbable, tel un bouddhiste zen, soudain déclare : “Nochlechka, c’est juste un tremplin.”
S’en sortir
Lena ajoute : avec Nochlechka, nous sommes en train de rétablir nos papiers d’identité et de chercher, chacun, un travail. Nous ne voulons pas être assistés, il est plus que temps que nous redevenions indépendants, redémarrons un nouveau chapitre.
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