Irina Igorevna

Aucun animal ne se moquerait de ses congénères, mais un être humain… constate désabusée Irina Igorevna, 62 ans, sans-papier sans-abri depuis de très nombreuses années.
Je n’ai plus de logement depuis 2020. Avant, mon mari et moi vivions chez sa mère. Au décès de belle-maman, nous souhaitions simplement échanger cet appartement contre un autre. Nous avons été trompés. Les personnes qui ont effectué la transaction ont enregistré notre appartement à leur nom.

Inextricable
Mon mari et moi avons pu rester dans l’appartement de belle-maman quelques jours, puis les arnaqueurs nous ont sommés de partir. Nos voisins nous ont conseillé de faire profil bas. Les escrocs ne plaisantaient pas avec les menaces, avec le recours à la force. Nous nous sommes installés chez ma belle-sœur et ses trois enfants, l’espace se résumait à vraiment pas grand-chose.
Mon mari épuisé par tant de stress est décédé à son tour. Il est mort à 50 ans. Suite à cette escroquerie, il s’est mis à boire, beaucoup. Cela n’a jamais été mon cas. Bref, je me suis retrouvée à la rue.

Je n’ai pas intenté de procès aux personnes qui ont pris notre logement, poursuit Irina Igorevna. Je n’ai aucun document, l’appartement était au nom de mon mari et nous étions concubins.  Et vous le savez, sans papier impossible de se plaindre à la police. Vous savez, lorsque l’on vous dit, que vous n’avez plus d’enregistrement, que vous n’êtes plus personne, que l’on ne vous connaît même pas, c’est d’une extrême violence. Je suis citoyenne russe, mais sans Propiska, il s’avère que je ne suis rien.

Un puit sans fond
Et la dégringolade a continué. Mon passeport m’a été volé. Vous savez dans la rue, les sans-abris sont très souvent impitoyables entre deux. Une question de survie évidemment.
Avant, j’exerçais deux professions : vétérinaire et vendeuse. Aujourd’hui, je ne suis plus grand-chose. Ces mois passés dans la rue ont affecté ma santé, physique mais aussi mentale. Vous ne vous rendez pas compte ce que cela signifie de subsister dans la rue. C’est si dur, si impitoyable. On n’y laisse pas forcement sa peau mais pour le reste, quelle déchéance.
Durant tout ce temps, j’ai créché dans la rue, dans la gare. Je n’ai reçu l’aide de personne jusqu’à ce qu’une grand-mère du quartier de Solntsevsky m’informe de l’existence de Nochlechka. Valda que s’appelle cette grand-mère, elle est un peu la cheffe du quartier.

Les séquelles
A Nochlechka, ils m’ont accueillie et m’ont hébergée.  Je suis ici depuis six mois. J’aimerais un peu de calme et de tranquillité. J’aimerais aller dans ma chambre et c’est tout : le silence, la solitude. Je lis beaucoup, je me lasse assez vite de regarder la télévision. J’ai du mal à marcher sur de longues distances, mais j’aime jardiner : il n’y a pas besoin de courir. Je souffre terriblement des genoux, un souvenir douloureux de la rue.
Ici, ils s’occupent de vos papiers, de me retrouver une identité administrative mais aussi de me procurer une pension invalidité.
Très certainement, je ne pourrai plus travailler, je suis bien trop abimée. Je pense qu’une fois ma Propiska rétablie, ma pension obtenue, je pourrai aller dans un centre pour invalide. C’est déjà bien mieux que de rester un sans papier, sans enregistrement, un sans rien.

En hiver, plus que jamais, notre tâche est immense, soutenez-nous, vous épargnez des vies.

Important : malgré les embûches du boycott, nous arrivons toujours à transférer votre aide.