Il est assez incongru de parler de grands froids alors que dans nos contrées l’été joue les prolongations. Et pourtant, à Saint-Pétersbourg comme à Moscou, nous prenons les devants face à l’hiver.
L’hiver dernier, nos Tentes de la Survie ont protégé 1’200 sans-papiers sans-abris.
Un succès malgré tout frustrant, tant d’autres sans-abris sont morts de froid.
Des abris pour l’hiver
Mais où sont les refuges étatiques, et qui y à droit ? Depuis tant d’années, saison après saison, Nochlechka pose la question aux autorités. Et rien ne change.
Toujours les lieux proposés par les municipalités sont difficilement accessibles. Il faut montrer patte blanche ou plutôt papiers d’identité en règle.
Absurde puisque c’est justement les sans-papiers sans-abris qui ont un besoin primordial de se protéger des affres hivernales.
Face à cette cruelle réalité, les indispensables Abris chauffés de Nochlechka sont, malgré tout, qu’un pis-aller, ne pouvant accueillir, chacun, qu’une cinquantaine de personnes.
La crainte de toutes et tous
Vous savez, notre plus grande angoisse est l’hiver, son froid, son humidité, s’inquiète déjà Veronika, une sans-papier sans-abri rencontrée au Centre d’Accueil.
Cette saison est maudite pour nous. Notre quotidien est un cauchemar, continuellement on craint de geler. Et si l’on se réfugie dans un porche d’immeuble, ou dans l’entrée d’un café, on est de suite chasser. Trouver de la nourriture dans les poubelles, un exploit, tout est congelé. Se laver dans les canaux, impossible, ils sont recouverts de glace et je vous laisse imaginer ce qui se passe quand nos habits sont mouillés.
A quand la mort ?
Résister à une nuit glaciale, en plein air, tient du miracle. A chaque hiver, nous déplorons des centaines et des centaines de morts, souligne Andreï Chapaev, responsable des actions humanitaires.
En 2024, à Saint-Pétersbourg, 1’532 sans-abris sont décédés. A Moscou, ils sont 5’032 à avoir succombé aux épouvantables conditions.
Motus
Nous n’avons pas de nouvelles données, explique Danil Kramorov, le président de Nochlechka. Le gouvernement a cessé de publier les chiffres officiels de la mortalité, (probablement en raison de la guerre).
Nous n’aurons donc pas accès à ces informations dans un avenir proche. Toutefois, nous étudions d’éventuelles alternatives que nous pourrions utiliser en lieu et place.
Coûte que coûte
Une chose est certaine, ajoute Danil, l’hiver dernier la demande d’accès aux abris chauffés fut forte et nos possibilités d’y répondre bien limitées et cela ne devrait pas changer.
La guerre jette, insidieusement à la rue, un plus grand nombre de personnes. Et dans un même temps, nos ressources financières sont victimes collatérales de ce conflit. Nous recevons nettement moins de dons, ajoute Danil.
Malgré cette adversité, nous mettons tout en œuvre pour préserver du froid, ces femmes, ces hommes, souligne encore Andreï Chapaev.
On se prépare
En ce mois de septembre 2026, Nochlechka finalise la planification de ses abris chauffés. Chaque année il faut recommencer avec le marathon administratif.
Comme à l’accoutumée, ils fonctionneront jusqu’au printemps, informe encore Andreï. Si la météo reste inclémente, nous prolongerons notre action jusqu’à la mi-avril.
Notre tâche est immense, merci de nous soutenir, sans vous rien n’est possible. Aidez-nous à sauver des vies.
Important, malgré le boycott bancaire, notre aide financière se poursuit.