La menace plane

Russie : veut-on castrer les ONG humanitaires ? On pourrait le penser en prenant connaissance du projet de loi qui sera soumis au parlement russe, la Douma.
Le transfert de dons en provenance de l’étranger est dans le collimateur.

L’œil du Kremlin
Le 30 décembre 2019, le président Vladimir Poutine signait une série de lois permettant de désigner comme “agents de l’étranger” tout individu qui s’engage en politique – au sens large du terme – et qui reçoit des financements étrangers.
Cette loi devrait, prochainement, être amendée en troisième lecture afin d’étendre le contrôle étatique sur la société civile.
Elle vise, en l’occurrence, sic : Les organisations non-désirables situées à l’étranger dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent.
Le projet prévoit que les banques seront obligées de contrôler, sans exception, tout transfert de devises, ce qui leur infligera des dépenses non négligeables.
Coûts qui très certainement seront reportés sur leurs clients, entre autres les ONG russes humanitaires qui dépendent, très souvent, du soutien financier venant de l’extérieur.
Des charges supplémentaires dans un budget déjà terriblement étriqué aura des conséquences prévisibles, une plus grande difficulté à secourir.
De plus, toute information bancaire relative devra être automatiquement présentée à Rosfinmonitoring, l’institution d’Etat chargée du renseignement fiscal en Russie.
Cela signifiera que toute personne qui effectue ou reçoit une donation, même la plus insignifiante, pourra être inquiétée, car les autorités seront en possession de toutes ces informations.

Vives protestations
Ce projet de loi soulève de très vives réactions.
De très nombreuses lettres ont été adressées à V. Piscarev, le président du Comité de la sécurité de la Douma, entre autres, par l’association informelle d’avocats et de journalistes. Elle lutte contre le musellement des oppositions, dénonce les mesures gouvernementales coercitives en forte progression depuis de nombreux mois.

Le chantage financier
Cette tactique de s’attaquer aux financements des ONG n’est pas chose nouvelle en Russie. Elle n’a pas attendu l’affaire Navalny pour être appliquée.
Déjà en 2011, après les élections législatives où diverses ONG avaient accusé le pouvoir d’avoir bourré les urnes, nombreuses associations de Droits Humains furent obligées de fermer la porte après des contrôles fiscaux inopinés et des accusations “d’agents de l’étranger” du fait d’un financement venant, en partie, de l’extérieur.

“Agents de l’étranger”
Sans attendre l’amendement souhaité, c’est cette accusation qui a été utilisée au printemps dernier afin de stigmatiser la Fondation СПИД.ЦЕНТР (Centre Sida).
Cette fondation s’emploie, depuis 2017, au dépistage du VIH en collaboration avec Charity Hospital et dont bénéficient, entre autres, les sans-papiers sans-abris de Nochlechka.
Pourquoi est-ce que les foudres arbitraires du Kremlin se sont abattues sur elle ? Mystère.
Ou alors serait-ce simplement le fait que СПИД.ЦЕНТР s’occupe du Sida ? Un thème peu en accord avec les croyances du pouvoir russe.
En effet, malgré la stratégie gouvernementale russe, adopté en octobre 2016, pour prévenir et lutter contre le VIH, cette politique est entravée par des moyens insuffisants, un manque d’appui notable des pouvoirs publics, et même, parfois, comme on le constate dans le cas présent, l’inscription de certaines d’entre elles sur la liste des “agents de l’étranger“.

Et Nochlechka ?
L’inquiétude est évidemment de mise parmi les diverses ONG humanitaires, Nochlechka y compris.
D’autant plus quand l’on constate que des associations au profil nullement politique, comme c’est le cas du Centre Sida, peuvent être attaquées sans justification aucune.
Un arbitraire assumé par le pouvoir permettant ainsi de provoquer un mutisme paranoïaque au sein de la société russe.

Face à cette situation Nochlechka nous a répondu :
Nous sommes au courant du projet des nouvelles modifications législatives mais nous n’avons pas encore eu de discussion interne à ce sujet.
En effet, pour le moment nous avons trop peu d’informations sur l’application de cette loi, mais nous sommes certains de continuer nos projets en collaboration avec les partenaires étrangers, quoi qu’il arrive

A Moscou, à Saint-Pétersbourg, ils sont des dizaines de milliers sans-papiers sans-abris, aidez-nous à leur donner de l’humanité.

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