En 2025, notre région, la Transbaïkalie, a été ravagée par les incendies. Je travaillais dans l’exploitation du bois du côté d’Atamanovka. On a dû laisser tout tomber, fuir, explique Anton rencontré au Centre d’Accueil. Chez nous, en Transbaïkalie, on ne produit pratiquement rien. On se contente de vendre du bois à la Chine, c’est tout.
Avec des copains, nous sommes partis en direction de la Crimée pour s’y installer et trouver du travail. Dernière nous, nous avons laissé nos appartements et sans vraiment en être conscient, notre Propiska.
La guerre
On ne savait pas que la Crimée était la proie de bombardements de la part des Ukrainiens, que la situation économique y était difficile. On a sillonné la péninsule, mais en vain. En plus, sans papier en règle, nous avions fort peu de chance de trouver un emploi stable. Et, évidemment, nous ne voulions surtout pas être engagé dans l’armée.
Nos économies ont commencé à fondre, poursuit Anton. Nous avons gagné Saint-Pétersbourg, les poches vides. Nous nous sommes séparés, pensant avoir plus de chance de dégoter un boulot, chacun de son côté. Tu parles. Je me suis vite retrouvé à la rue. Encore heureux que nous étions fin août, la météo n’était pas trop vacharde.
L’indifférence
J’ai dû apprendre à mendier, à trouver un lieu où se reposer, comment ne pas crever de faim, de soif. Mes copains, je ne les ai jamais revus mais je me suis mis avec une bande de clochards, des gars qui, comme moi, sur un coup du sort, survivaient, sans rien, si ce n’est le désespoir.
Malgré tout, nous sommes solidaires les uns, les autres. Si je vois quelqu’un allongé dans la rue, j’irai voir si je peux l’aider. Tant bien même que je sois complétement démuni. Les passants ordinaires, eux, sont toujours pressés. Appeler les urgences, pour eux cela prend trop de temps. Ils ont certainement peur d’arriver en retard tant bien même qu’il s’agirait de sauver un être humain.
Les invisibles
Très souvent, trop souvent, nos concitoyens ignorent totalement les sans-abris, les fuient même. Rares sont ceux qui leur disent bonjour, souligne Yelena Karpova, assistante sociale à Nochlechka. Le problème de leur attitude envers les sans-papiers sans-abris nous parait très important, et depuis des années nous menons des campagnes afin que leur regard soit différent. Que ces personnes lambdas comprennent que l’on ne devient pas sans-abris par plaisir, que la plupart des sans-papiers sans-abris sont des victimes d’un système bureaucratique archaïque.
Nous rappelons à nos concitoyens que ces personnes défavorisées ne sont pas des cailloux, des choses, qui se trouvent dans la rue juste pour gêner le passage des gens pressés.
Nous voulons casser le mythe du sans-abrisme. Qu’on les voit comme des êtres humains.
Mortel hiver
Après quelques mois d’errance, j’ai pu me réfugier dans la Tente de la Survie, poursuit Anton. C’était moins une. Je suis certain que j’aurais crevé littéralement de froid. Nochlechka m’a pris sous son aile. Actuellement, je suis dans leur Centre d’Accueil. J’attends avec impatience que mes papiers soient mis en ordre grâce à leurs avocats. J’ai hâte de pouvoir retrouver mon indépendance, travailler, me loger.
Visiblement, s’il est simple de perdre sa propiska, la retrouver c’est une autre paire de manches, d’autant plus que je ne viens pas de Saint-Pétersbourg mais de Tchita, et que là-bas, leurs registres ne sont pas en ordre.
Pour le moins, je suis au chaud, car l’hiver arrive, conclut un Anton souriant.
L’hiver dernier, grâce à vos dons, nous avons pu héberger dans nos Tentes de la Survie plus de 1’200 personnes, les sauver de la mort blanche.
En hiver, plus que jamais, notre tâche est immense, soutenez-nous, vous épargnez des vies.
Important : malgré les embûches du boycott, nous arrivons toujours à transférer votre aide.