Sauver des vies

Face aux 60’000 sans-papiers sans-abris de Saint-Pétersbourg, quotidiennement, les médecins bénévoles de Charity Hospital sont au front.
Lors de la tournée du Bus de Nuit, au Centre d’Accueil, et à l’Abri de Nuit, ces jeunes praticiens prodiguent soins de première urgence, aiguillent les cas les plus grave sur l’hôpital Botkin, le seul établissement à accepter le patient sans identité.

Anna Matveeva est l’une d’entre eux, elle nous raconte son engagement, ses rencontres, ses doutes parfois.

Un océan de misère, de souffrance
Être bénévoles n’est pas une sinécure. Il y a des nuits où le découragement nous guette face à l’ampleur de la tâche, l’affluence d’hommes, de femmes, parfois de jeunes adolescents, tous mal en point, abandonnés par les structures étatiques.
Oui, parfois, face à cet océan de misère, de souffrance, on se sent tellement impuissante. Et puis, il suffit du sourire abîmé d’une personne, pour que l’énergie nous emplisse à nouveau.

Alexandre Sergeevich
Je pense à cet homme, Alexandre Sergeevich, rencontré à l’Abri de Nuit.
Alexandre Sergeevich doit bien avoir la soixantaine. Il voit à peine à cause de la cataracte. La dernière fois qu’il a eu une identité, une Propiska, ce fut à l’époque de l’Union soviétique. Alexandre a une éducation, un vocabulaire, bien supérieurs aux miens.
Je lui ai apporté une canne donnée par Nochlechka, hélas elle est trop courte. Je lui parle de sa cataracte, des possibilités de se faire opérer, même sans Propiska. Je lui tiens la main, la-mienne est dans un gant, la sienne est chaude.
Je me dis : “On ne peut pas tout faire, mais on est là”. Ses yeux me regardent, un peu dans le vague.

Le doute
Est-ce que l’on peut quantifier nos interventions ? Seulement en tenant compte du nombre d’interventions ?
Oui, je me peux me dire, j’ai nettoyé tant de plaies purulentes, examiné tant d’exémas, ausculté tant de poumons tuberculeux, recetter des soins, prodiguer des paroles apaisantes et pourtant je me rends compte que tout ceci n’est qu’une goutte d’eau face au sans-abrisme et ses conséquences sociales, médicales.
Très souvent, trop ? Mon esprit revient à cette cruelle constatation, pourquoi avec nos misérables moyens devons-nous supplanter l’Etat? Pourquoi ne prend-t-il pas soin de ses concitoyens, avec ou sans identité administrative ? Cela me décourage. Pour un moment.

Cet inaccessible devient incroyablement précieux
Aujourd’hui est une bonne soirée : malgré le covid-19, nos patients se sentent moins préoccupés que d’habitude.
Au près du Bus de Nuit, l’ambiance est plus légère. Même l’oncle Borya, un sans-abri bougon, de sa voix de stentor décrète en roulant les r “bientôt la pauvrrreté serrrra vaincue”.
A quoi je lui demande s’il prend régulièrement ses pilules, Borya rit, ses yeux sont radieux, bleus. Son optimiste du jour nous contamine, toutes et tous.
Ceux qui n’ont pas accès, chaque jour, à des choses aussi ordinaires que de la nourriture, un lit, un toit, des soins, pour eux, tout cet inaccessible devient incroyablement précieux ajoute philosophe Anna Matveeva.

Nos multiples actions humanitaires sont uniquement possibles par le soutien de l’entraide. Sans elle nous ne pouvons rien. Merci de continuer à nous seconder, conclut Anna Matveeva.

Soutenez-nous, notre tâche est immense, vous sauverez des vies.

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