Les sans-abris sont aussi stigmatisés par leur apparence. Mais personne, ou presque, se demande si la personne, ainsi à l’abandon, a choisi cet état de fait déplorable. S’il peut y remédier ? constate Danil Kramorov, directeur de Nochlechka.
L’inhumanisation
C’est vrai que l’on pue, s’exclame Sacha, qu’est-ce que vous croyez ? Que nous pouvons nous doucher quand nous aimerions le faire ? Une fois que vous vous retrouvez à la rue, oubliez la propreté corporelle. Très rares sont les points d’eau, il y a les canaux, ou même la Neva, mais c’est tellement pollué que même nous, n’osons pas utiliser cette eau.
Lorsque vous vous retrouvez sans toit, les premiers jours l’hygiène corporelle nous manque terriblement. Puis, très vite, on y pense plus. Nous avons d’autres soucis, celui de trouver à manger, à boire, un abri pour la nuit. Et je ne vous parle pas de l’absence de lieux pour nos excrétions. Et comme en plus nous ne pouvons enfiler des habits propres, très vite nous ressemblons à des épouvantails schlinguants, ajoute encore Sacha.
Du matériel vieillissant
Face à ce constat, le 5 août 2021, Nochlechka ouvrait ses premières installations situées à Saint-Pétersbourg, au 11 B Polytechnic ulitsa, où le sans-papier sans-abri peut venir laver ses habits et profiter des douches.
Bon an, mal an, ce lieu accueille plus de 4’000 personnes.
La salle chauffée de 24 mètres carrés comprend deux douches et deux toilettes. L’une d’entre elles est spécialement aménagée pour les personnes en fauteuil roulant. On y trouve aussi deux lave-linges et de deux sèche-linges.
En six ans, le matériel s’est usé. Il nécessite un urgent coup de neuf. Les machines à laver et les sèche-linges ont besoin d’être réparés pour que le sans-papier-sans-abri puisse continuer à bénéficier d’une bonne hygiène, rester propre, préserver sa dignité, pouvoir se présenter à des entretiens d’embauche.
Pour se faire le budget se monte à 400 000 roubles (4’000 CHF). À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous avons récolté 259’331 roubles (2’668 CHF).
Un havre de paix
Ici, à Nochlechka, je peux prendre une douche chaude en toute tranquillité pendant que mes habits se lavent dans la machine, je peux me détendre, être bichonnée par un coiffeur, regarder un film, parler aux assistantes sociales, me dégourdir les jambes. Saviez-vous que pour vous reposer, vos pieds doivent être plus hauts que votre tête ? Mais où pourrais-je m’allonger ainsi dans les couloirs de la gare ?
Le seul défaut de la douche, si j’ose dire, c’est qu’elle nous rappelle notre déchéance, notre perte d’humanité, raconte Arina, 65 ans, une habituée.
A un fil
En Russie, il suffit d’un seul bouleversement de votre quotidien pour qu’une personne, même socialement stable, se retrouve dans la plus grande précarité, affronte le sans-abrisme.
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