Merde, je veux Vivre

J’étais allongé dans le coin de cette barraque en ruine, le vent glacé progressivement me congelait et j’ai pensé : ” Merde, je ne veux pas mourir ici “.
Andreï conte cette cruelle anecdote, confortablement assis à côté du poêle chauffant la Tente de la Survie.
Nous sommes à Shkipersky Protok, sur l’île Vasilievsky, où Nochlechka a planté l’un des deux abris chauffés, refuges pour l’hiver.
A cette heure de la journée, la tente est propre et vide : les tapis de sols sont à l’extérieur, ils s’aèrent. Andreï nous aide à décharger les bidons de carburant diesel qui alimentent le chauffage de l’abri.

Brève accalmie
Vous savez, nous dit-il, j’aime l’ordre et le confort. Ici c’est spartiate mais j’essaie que ce lieu soit le plus accueillant possible. J’ai même demandé que Nochlechka installe une télévision. Et puis, aussi, j’ai accroché quelques pendentifs aux parois de la tente, pour la rendre moins austère.
C’est important que les personnes se sentent au calme, un peu comme un chez soi, même si c’est leur maison pour seulement 12 heures, pour qu’elles puissent se reposer avant de retrouver les terribles rigueurs de l’extérieur.

Une sacrée reconversion
Andreï, il y a quatre ans, trouvait le salut dans l’une de ces Tentes de la Survie, aujourd’hui il est leur gardien de nuit. Il raconte :
Après avoir tout perdu, travail, famille, suite à une arnaque immobilière, je me suis retrouvé à la rue et j’ai survécu, sans aucun doute grâce à Nochlechka qui, non seulement m’a hébergé dans l’une de ses tentes, mais aussi m’a permis de refaire surface, retrouver une existence moins calamiteuse.

Aux petits soins
Je sais très bien à quel point il est difficile de se reposer quand on vit dans la rue. Et combien il est important de récupérer quand on a besoin de survivre tous les jours, tout spécialement en hiver où l’on brule tellement d’énergie.
Andreï, chaque soir, accueil une cinquantaine de réfugiés de la nuit polaire, leur explique les règles de bienséance, l’interdiction absolue de boire de l’alcool, les informe quel type d’aide ils peuvent obtenir.
Il aide les personnes incapables de prendre soin d’elles-mêmes, chauffe de l’eau et leur prépare un thé, sort d’un sac des vêtements de rechange, distribue des pantoufles, un tapis de mousse où s’étendre et, si nécessaire, emmène le sans-papier sans-abri se laver, dehors, en toute discrétion.

L’alcool interdite
Oui, j’essaie de prendre soin d’eux au maximum, c’est tellement important que de recevoir de la chaleur humaine, de la considération, lorsque vous n’avez plus rien poursuit Andreï.
Il y a juste un point sur lequel je ne transige jamais : l’alcool. Je vérifie scrupuleusement que toute personne qui entre dans la tente n’a pas sur elle une bouteille dissimulée dans ses hardes.
Et aussi, de temps à autres, profitant pour griller une cigarette, j’inspecte les alentours de l’abri où il arrive que certains planquent leur bibine.

Vous savez, la rue elle-même est addictive. Plus une personne croupit dans de telles conditions, plus elle survit longtemps ainsi, plus il lui est difficile de s’en sortir. Dans la rue, une personne perd foi en tout.
Pour ceux qui viennent chaque nuit, cet endroit devient comme une maison. Les gens restent en contact, s’entraident, se filent des tuyaux s’il y a quelques combines intéressantes.

Dormir en toute sécurité
A 21 heures, le dîner est servi, les bénévoles du Bus de Nuit apportent la soupe chaude, le thé, des douceurs.
Deux fois par semaine, ils sont accompagnés par un volontaire de Charity Hospital pour la visite médicale.
A 23 heures, Andreï annonce l’extinction des feux, et, toute la nuit, il sera le fidèle gardien de cette assemblée de la misère venue se mettre à l’abri du froid et du danger.

Nous aimerions en faire tellement plus, mais nous sommes toujours à la limite de nos moyens financiers.

Aidez-nous à les aider tout au long de la saison hivernale.
Sauvons des vies.

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