Le froid létal est là

Moins dix, moins cinq, moins seize, le froid, le vent, la neige, les mortels ennemis des sans-abris sont de retour à Saint-Pétersbourg.
Les deux Tentes de la Survie, chaque soir, font le plein, abritant chacune une cinquantaine de sans-papiers sans-abris, les protégeant des affres hivernales.

Une bienveillante étuve nous accueille à l’abri de l’île Vasilievsky à Shkipersky Protok, femmes et hommes se pressent, couchés, les uns contre les autres, histoire de se tenir chaud, alors que le poêle dégage du réconfort.

Ils nous racontent
Elena peine à se déplacer, sa jambe gauche a bien doublé de volume. Œdème ?
Je vis dans une minuscule chambre mais faute de papier je n’ai pu être reçu à l’hôpital. Je suis donc venue, clopin-clopant, à la tente pour que le médecin m’examine.

Viktor, lui aussi a peine à ses jambes. D’après Veronica, la médecin bénévole Charity Hospital, Victor souffre d’ulcères trophiques non cicatrisants à long terme sur les jambes.
De plus, les callosités sur les pieds se sont jointes en raison de la longue marche dans la ville avec des chaussures mouillées de part en part et de l’incapacité de les sécher quelque part.
C’est que mes basquets ne sont absolument pas adaptées pour l’hiver, toujours j’ai les pieds mouillés et je suis obligé de bouger sans cesse, sans cela ils gèlent.
Heureusement Nochlechka va me donner des chaussures plus adaptées et des nouvelles chaussettes et par-dessus, quelques couches de couvre-chaussures médicaux bleus, afin de ne plus me mouiller les pieds.
Une astuce pour la vie dans la rue que m’a conseillée la médecin ajoute en souriant Viktor.

Youri, un repas chaud à la main, nous raconte sa chute sociale.
Il y a trois ans, Irina ma femme est décédée, nous partagions l’appartement avec sa famille. A peine enterrée, beaux-frères, belles-sœurs, belle-mère me jettent à la rue, en un instant je perds tout, reste la survie, la rue.
Vous ne savez pas ce que sait d’affronter le mauvais temps, tout est mouillé, nos guenilles, nos os. Le vent se lève, on gèle, il faut alors marcher, marcher, marcher pour ne pas crever.
Nous ne sommes plus des humains, même pas des bêtes, des moins que rien, seule le désespoir nous habite.

Andrey lui a perdu ses papiers, et comme il nous dit, me voilà à la rue depuis quatre mois. L’hiver est là, et c’est vraiment très difficile de s’en sortir.
J’ai une hépatite C, j’ai besoin de me soigner mais vous le savez, pas de papier pas de soin.
Veronica la médecin lui explique que ce n’est heureusement pas toujours le cas, qu’à Botkin hospital, ils acceptent les sans-papiers.

Valaya, nous assure qu’elle n’a pas toujours mené une vie misérable. Je vous assure s’insurge-t-elle.. Mais l’hiver est là, il marque la faillite de mon existence.
Valaya, sans un mot de plus, comme si elle en avait déjà trop dit, se réfugie dans le silence.

A Saint-Pétersbourg, comme Valya, Andrey, Youri, Viktor, Elena, ils sont plus de soixante mille personnes qui survivent dans des conditions indignes.
Nous essayons de les aider au mieux.

Sans vous, sans vos appuis financiers, nous ne pouvons rien.
Notre tâche est immense, soutenez-nous, vous sauvez des vies.

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