L’habit fait-il le moine ?

Souvenez-vous, disait mon instructeur des premiers secours, une personne peut sembler morte alors que ce n’est pas le cas, ne vous fiez jamais aux apparences.

Vadim, bénévole au Bus de Nuit, nous compte cette anecdote tout en se référant aux sans-papiers sans-abris jugés sans clémence, ni connaissance, par tout un chacun.

Lutter contre l’ignorance
Nochlechka, depuis ses débuts en 1991, s’évertuent à transformer les réflexes pavloviens des citoyens russes face aux rejetés de la société.
Multiples campagnes de sensibilisation sont lancées chaque année afin que ces stéréotypes malfaisants s’estompent peu à peu parmi la population de Saint-Pétersbourg, de Moscou.

La tâche est sisyphéenne
En plus de trente ans, de plus en plus de citoyens de ces villes collaborent avec Nochlechka, apportent leurs soutiens, par des dons en espèce ou en nature.
Que ce soit des roubles, des bouteilles d’eau, des pâtisseries pour les pâques russes, des produits d’hygiène, ces personnes montrent, à travers leur générosité, qu’elles arrivent à dépasser les préjugés ancrés dans les mentalités depuis la nuit des temps, ou presque.

C’est de leur faute…vraiment ?
Ceux qui ont un quotidien sans anicroche pensent que si l’on se retrouve sans-abris, c’est de sa faute. Grave erreur, terrible méconnaissance de la problématique, souligne Kostya Fomichev, notre chauffeur du Bus de Nuit.
Ce qui m’étonne toujours est le nombre de personnes qualifiées sans-papiers sans-abris que je rencontre lors des distributions de vivre.
J’ai côtoyé des professeurs d’anglais, des spécialistes des transactions boursières, de l’histoire médiévale, des médecins, des artistes, des écrivains, des personnes qui parlaient plusieurs langues.
La majorité d’entre elles étaient sobres.
Ce constat nous démontre qu’en Russie personne n’est à l’abri de la perte du passeport intérieur (Propiska) avec toutes les conséquences négatives que l’on sait, poursuit Kostya Fomichev.
Beaucoup ont été roulés dans des transactions immobilières, par l’Etat, par leurs proches, c’est terrible.

Le cas Igor
Igor correspond au stéréotype du sans-papier sans-abri qui attire un rejet systématique de la part des passants.
Qui devinerait, en s’arrêtant à ses habits élimés par la survie, à son regard vague de réfugié de la rue, à sa démarche trainante, qu’Igor était, il y a quelques mois encore, ingénieur aéronautique et pas alcoolique pour un kopeck.
Mais voilà, un conflit familial et Igor se retrouve à errer dans l’entrelac urbain de Saint-Pétersbourg.
Et très vite, comme on le sait, une personne rejetée ainsi, perd pied. Très vite notre ingénieur se transforme en un sans-abri comme les autres.

Devenir sans-abri est facile, revenir à une vie normale est incroyablement complexe.

La réinsertion
Au cours de sa réhabilitation sociale, Igor loge à notre Centre d’Accueil, il est suivi par notre psychologue et il assiste aux cessions de réinsertions.
En plus, Igor suit des cours d’engineering industriel.
Aujourd’hui, Igor a trouvé un travail dans cette branche, il loue un petit appartement, et il a réintégré les codes de la communication sociale. Et même, Igor a repris contact avec sa famille.

Actuellement, nous dit Vika Ursova, la responsable du Centre de Réinsertion, Igor est en rémission stable.
Nous resterons en contact pendant les prochains mois, au cas où il aurait besoin de notre aide. Mais je veux croire qu’il va bien, malgré tout ce qu’il a traversé.
C’est un grand bonheur, Igor est une de ces personnes qui démontrent que les stéréotypes mentent.

Vous aussi appuyer notre Centre de Réinsertion, permettez que d’autres Igors puissent s’en sortir.

Le sans-abrisme n’a pas disparu le 24 février
Merci infiniment de votre confiance, continuez à soutenir notre travail.
Il sauve de nombreuses vies.

Important : malgré les embuches du boycott, nous arrivons toujours à transférer notre appui financier, plus indispensable que jamais.

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