Combattre l’injustice

Le bénévolat donne un sens à mon quotidien, ainsi je ne me sens pas seulement un rouage dans le système économique de notre société nous explique Roman, médecin, 38 ans.

Sans les bénévoles et leur abnégation, il serait impossible à Nochlechka de venir en aide aux milliers de sans-abris.
Leur moyenne d’âge tourne autour de la trentaine, étudiants, professionnels, les horizons personnels sont variés, ils sont l’élément fondamental au bon fonctionnement de l’ONG et tout particulièrement aux tournées du Bus de Nuit.
En 2019, on comptait 756 bénévoles à Saint-Pétersbourg. 82% sont des femmes, 18% des hommes.
Toutes et tous œuvrent pour que le citoyen russe sans-papier sans-abri reçoive une aide minimum apte à la survie.
Toutes et tous défendent les droits de leurs concitoyens ignorés de l’administration.

Roman, Ulyana, Euphrosinia, Ira, Dimitry, nous racontent leurs expériences, leurs appréhensions aussi lorsqu’ils ont connu, pour la première fois, l’univers de la survie.

La peur parfois
Il arrive que vous fassiez face à l’agression des personnes que vous voulez aider rappelle Euphrosinia, photographe, 33 ans.
Vous ressentez de la peur sur le moment. Cela se passe particulièrement dans les quartiers où sont plantées les Tentes de la Survie. Elles sont souvent situées dans des zones esseulées, des friches industrielles, il n’y a pas toujours assez de place pour dormir, de sorte que les gens, parfois ivres, dirigent leur frustration, leur colère sur nous, les bénévoles.
Pour Roman, on apprend à apprivoiser ce monde sombre. La société des sans-abris semble de prime abord fermée, effrayante, et en plus, je me le rappelle, je craignais de contracter, en particulier, la tuberculose.

Un travail d’équipe
Parmi les sans-abris, il y a à la fois des personnes mentalement instables et des personnes sous l’influence de la drogue. Ils créent des moments désagréables, mais au fil du temps, les peurs se dissipent, on apprend à gérer nous dit encore Roman avec le sourire.
Ulyana, étudiante en pédiatrie, 29 ans, en a fait l’expérience : je me souviens que le premier patient que j’ai côtoyé lors du Bus de Nuit était ivre. Il s’est comporté de manière insolente, vulgaire, j’ai été complètement désarçonnée. Heureusement on travaille toujours en équipe, et ainsi, ce type d’agression est plus facilement gérable.

Malgré la fatigue on continue
Il en faut de la volonté, de l’abnégation pour ces professionnels, ces étudiants, d’être présents, leur agenda étant déjà des plus chargés comme nous l’explique Ulyana:
Il arrive qu’en montant dans le Bus, vous soyez déjà épuisé, que vous avez développé un syndrome de fatigue chronique, et malgré tout, vous trouvez encore une once d’énergie pour aider les sans-abris, parfois c’est limite.
Roman acquiesce: c’est difficile si vous ne planifiez pas votre participation. Lorsque les volontaires, fourbus, se précipitent tête baissée dans la bataille, au centre même de tous les problèmes, très vite ils vont simplement s’exténuer et partir.
Dimitry, médecin, 35 ans, ne dit pas le contraire, souvent nous sommes vannés et, dans ces moments-là, nous avons de la peine à prendre du recul face à des patients qui, en règle générale, sont, assez difficiles.

Le sans-abrisme, une injustice qui interpelle
Je suis terriblement touchée par la question du sans-abrisme, le problème de l’absence de défense d’une personne face à des circonstances extérieures et l’indifférence effrayante de beaucoup m’impactent explique Ira, comptable, 32 ans.
C’est le projet de la blanchisserie à Moscou et les vives oppositions qu’il a rencontré qui ont été le déclic.
J’ai décidé qu’il était temps de m’engager. Mon expérience du bénévolat n’est pas ce que les gens imaginent habituellement, j’organise des fêtes de charité au profit de Nochlechka, je m’implique dans la rédaction des fascicules didactiques distribués aux sans-logis, je tiens des stands de sensibilisation dans les universités.

Un sacerdoce
Romain: j’ai commencé à faire du bénévolat à Nochlechka en 2014 avec des petites tâches.
J’allais dans des hôtels, des restaurants pour y déposer nos tirelires. J’ai aussi été coursier, puis j’ai commencé à prendre le Bus de Nuit.
Aujourd’hui Roman est responsable de l’équipe médicale qui accompagne le Bus.
De son côté, Euphrosinia a entendu parler de Nochlechka dans le métro, des affiches parlaient de l’ONG.
Je me suis mise à coller des messages, distribuer des tracts, chercher des médicaments, puis, pour moi aussi, ce fut le Bus.
Il est certain que ces tournées nocturnes pompent bien de l’énergie ajoute-elle, six heures de route, les quatre arrêts où le temps est compté pour distribuer vivre et soins de première urgence.

Vous aussi engagez-vous, appuyez Nochlechka, vous sauverez des vies

 

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