Au plus profond de la nuit

Je suis surprise de rencontrer un tel nombre de jambes amputées, non cicatrisées explique Sofia, médecin bénévole lors de sa première tournée avec le Bus de Nuit.
C’est effrayant de penser à l’expérience vécue par les personnes qui ne reçoivent aucune aide et qui survivent dans la rue.

Que cet hiver ne soit pas le dernier pour eux
Nous sommes mi-novembre, la nuit est tombée depuis longtemps sur Saint-Pétersbourg. Le bus de Nochlechka affronte le trafic dément de 18h00, il entame sa tournée caritative. Dehors il neigeote. Ce soir-là, le thermomètre relativement clément s’est arrêté à moins cinq.

Dans le bus, ils sont cinq, Igor le chauffeur de toujours, Tania, Sacha et Maria, trois étudiants bénévoles venus pour distribuer victuailles et boissons chaudes et Sofia du Charity Hospital, ce groupement de médecins et d’infirmiers bénévoles qui médicalement viennent en aide aux sans-abris.
Sofia nous livre ses premières impressions.

Des conditions mortifères
Il faut être sur place, avec eux, les sans-abris, pour se rendre compte des conditions mortifères qu’ils affrontent. On a beau connaître le froid, l’humidité de la ville depuis notre naissance, cela n’a rien à voir avec ce qu’endurent les gens de la rue. Ils sont bien plus vulnérables à la météo que nous, malnutris, malades souvent, habillés à la va que je te pousse, ces hommes, femmes et enfants reçoivent l’hiver de plein fouet.
Pas étonnant que nous comptions chaque hiver tant de décès.

947 sans-abris morts l’hiver dernier à Saint-Pétersbourg.

A l’approche de l’arrêt Yuzhnoe shosse, loin de tout, dans une ruelle où la neige est grise, une bonne quinzaine de sans-abris nous attendent.
Sofia s’occupe de trois patients : un gros rhume et de l’hypertension pour les deux premiers, le troisième lui est plus mal en point. Il doit avoir tout juste la trentaine, sa jambe gauche est dans un sale état. Un abcès purulent entaille la chaire.

Eviter l’amputation
Je lui ai désinfectée la plaie et lui ait donné trois cachets de Lévocine et surtout conseillé de se rendre immédiatement à l’hôpital Botkin, le seul qui accepte les sans-papiers sans-abris.
J’espère qu’il ne sera pas amputé, c’est terrible de voir un si bel et jeune homme ainsi
ajoute Sofia tristement.
Elle ajoute : depuis longtemps je voulais aider les gens de la rue et je suis surprise de constater que nombre d’entre eux souffrent de blessures assez graves, personne ne les aide, sauf notre brigade du Charity Hospital et bien évidemment Nochlechka.

Ces contacts journaliers offerts par le Bus de Nuit sont indispensables pour les sans-logis, tant moralement que physiquement.

Notre tâche est immense, aidez-nous.

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