A Saint-Pétersbourg, le thermomètre a franchi des degrés difficilement supportables pour les sans-abris.
Evgueny passe ses jours, ses nuits, sur un banc du parc de l’Université forestière, pas très loin de l’arrêt du Bus de Nuit proche de la station de métro Lesnaïa, place Kantemirovskaya.
Desséché
Je me cantonne à cet environnement, le parc est ombragé, les gardiens ne vous ennuient pas trop tant que vous ne mettez pas le bazar, ne jonchez pas de détruits votre aire de survie. Et c’est pratique, il y a un petit lac qui permet de vous débarbouiller un tant soit peu.
Mais quelle soif ces derniers jours, nous raconte Evgueny, le visage tanné par le soleil et la vie en plein air.
Je me sens comme une momie, le corps complétement racorni. J’ai bien essayé de boire l’eau de ce lac, je ne vous raconte pas les résultats. Alentours je n’ai pas trouvé de points d’eau accessibles à des gens comme nous, les sans-papiers sans-abris.
Terrible sensation
Heureusement ces jours, vues les fortes chaleurs, le Bus de Nuit, en plus de la soupe et du thé habituels, distribue aussi des bouteilles d’eau. Nous avons droit à deux litres chacun. C’est bien, car sans ces distributions, je me demande bien ce que nous deviendrions ? Il y a des jours, avant l’arrivée du Bus, je n’ai rien, mais rien de rien pu boire, ajoute Evgueny. Vous savez, il serait plus facile d’absorber quelque alcool mais c’est catastrophique et, au bout d’un moment, nous avons encore plus soif, la bouche en carton, la gorge en papier mâché.
L’étuve microbienne
En été, en période de chaleurs prolongées, les deux principaux risques auxquels sont confrontés les sans-abris sont la déshydratation et l’hyperthermie, explique la doctoresse Lana Zhurkina.
En effet, vu l’absence de distributeurs d’eau publics pour toutes et tous, les sans-abris, surtout ceux qui ont une dépendance à l’alcool, ne pensent pas et ne peuvent pas boire suffisamment d’eau potable. De plus, nombreux sans-abris, malgré la canicule, portent des couches d’habits superposées provoquant une augmentation de la chaleur corporelle induisant des ruptures de la conscience. Dans les cas les plus graves, c’est le coma.
Mais le plus souvent, cette perte de vigilance cérébrale débouche sur de multiples accidents physiques, poursuit Lana Zhurkina. Cette macération du corps facilite aussi l’infection de certaines plaies, aggrave les maladies de peau, entre autres la pyodermite, dont souffrent de nombreuses personnes à la rue.
De l’eau pour les sans-abris
Face à ce problème récurrent, chaque été, Nochlechka organise de nombreuses distributions d’eau et lance aussi un appel aux citoyens de Saint-Pétersbourg et de Moscou.
Si vous le pouvez, merci à votre tour de leur offrir de l’eau, mais aussi des casquettes, des lunettes de soleil, des bouteilles à multi-usages, des serviettes humides, des chaussettes propres, du linge de corps.
Et si vous voyez une personne inanimée, appelez de suite les secours. Ils sont obligés d’intervenir. S’ils ne le font pas, vous pouvez déposer plainte, informe Andreï Chapaev, responsable des actions humanitaires.
A ce jour, les sans-papiers sans-abris ont reçu pas moins de 1’737 litres d’eau à Moscou et 970 litres d’eau à Saint-Pétersbourg.
Sans votre soutien financier, nous ne pourrions mener à bien ces actions humanitaires.
Notre tâche est immense, aidez-nous à donner plus d’humanité.
Important : malgré les embuches du boycott, nous arrivons toujours à transférer vos dons.