Vladimir, l’esclave

Tout juste si l’on te donnait à manger, tout juste pour être suffisamment aptes pour les travaux des champs, du lever du soleil à son coucher, sept jours sur sept.
On était une quinzaine dans un hangar, parqués comme des bêtes, à dormir à même le sol, sur de la paille. Et pas de fenêtre, juste la porte gardée sous haute surveillance.

L’ambiguïté étatique
Aujourd’hui, encore et toujours, en Russie, de nombreux citoyens russes sont corvéés tels des esclaves.
La Russie a signé en 1956 la Convention concernant le travail forcé ou obligatoire. En 2014, cette convention a été complétée par un protocole introduisant de nouvelles restrictions sur le recours au travail forcé.
Le 26 juin 2018, le gouvernement russe déposait un projet de loi à la Douma afin de ratifier ces amendements de l’Organisation internationale du travail (OIT).
A cette époque, les responsables russes affirment que la ratification du protocole est une formalité, car il n’y a pas d’esclavage en Russie.
Ratification qui prit forme le 17 janvier 2019.
Et pourtant, cette réalité continue à exister.
En pratique, quand un cas est dénoncé, la police demande si la personne est enchaînée. Si ce n’est pas le cas, le plus souvent, elle refuse d’intervenir et d’ouvrir une enquête pénale.

Corvéables à merci
Par petites annonces, bureaux d’emploi fantômes ou encore aux abords des gares, les chasseurs d’esclaves sont à l’affut.
Déguisés en bienfaiteurs, ces négriers appâtent leurs victimes par des salaires intéressants, des conditions de travail idéales.
Vladimir, lui aussi est tombé dans le panneau.
Il nous raconte :
Je suis né à Astrakhan il y a quarante-cinq ans, j’ai grandi dans l’une de ces familles que l’on qualifie généralement de difficile : mon père est parti, ma mère, gravement malade, un jour a quitté la maison et je ne l’ai jamais revue.
D’abord l’orphelinat puis l’armée, à la sortie j’ai cherché un boulot et je suis tombé sur cette annonce qui proposait un poste de conducteur de camion à Moscou.
A la gare de Moscou, un homme m’attendait et m’a conduit dans la campagne moscovite. Là, très vite, j’ai compris que je ne conduirais jamais de véhicule.

Tu bosses ou tu crèves
Tout de suite ils m’ont privé de mon passeport, m’ont rudoyé et expliqué que si je ne filais pas doux, je serais méchamment battu.
Les conditions étaient extrêmes. Toujours presque rien à manger, peu de médicaments pour ceux qui tombaient malades. Les conditions d’hygiène étaient minimes elles aussi.
De plus, selon les récoltes, nous étions transbahutés d’une exploitation agricole à l’autre. On trimait très dure, toujours sous la menace de coups et même de chiens agressifs.
Quant aux fortes-têtes, elles disparaissaient bien vite.
C’est lors d’un de ces transferts que j’ai pu m’échapper. De nuit, le camion qui nous trimbalait a eu une panne. J’ai pu en profiter et filer à travers les bois. Ils ne m’ont pas rattrapé.

Nochlechka à la rescousse
Après un longue errance Vladimir est tombé sur le Bus de Nuit moscovite.
Nous avons commencé à aider Vladimir à retrouver un passeport, nous explique le responsable de Nochlechka à Moscou.
Pas simple du tout d’ailleurs ajoute-t-il. Les services fédéraux ont refusé le cas Vladimir en évoquant qu’il n’avait pas de lieu de résidence fixe.
Il nous a fallu faire appel de ce jugement. Aujourd’hui nous attendons le second round.
Mais n’est-il pas incroyable qu’un homme ayant était traité de la sorte, au lieu d’être défendu par l’Etat comme victime, est plutôt considéré comme un parasite ?

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