Valya, une longue errance

L’hiver est là, il marque la faillite de mon existence.

D’humides sous-sols
Cet automne, sans papier, je logeais dans des caves. Un concierge me sous-traitait son boulot et même si je ne touchais rien, j’avais accès aux caves de l’immeuble, je pouvais y dormir, j’avais accès à l’eau potable et je pouvais recharger mon téléphone portable.
Cela sait su, le concierge a été viré, moi aussi.

Aux abords de la Tente de la Survie, Valya, la soixantaine burinée, raconte son histoire commune en bien des points, aux malheureux qui viennent trouver refuge en ce lieu abrité.

Nomade par dénuement
Il ne faut pas croire que j’ai toujours mené une vie misérable s’insurge Valaya. Je vous assure.
Je me suis retrouvée sur le front afghan en tant qu’obstétricienne-gynécologue. Après la défaite j’habitais à Donetsk, gérante d’hôtel. Les troubles psychologiques de la guerre ne m’ont pas permis de rester bien longtemps à ce poste.
Je suis partie pour Moscou, j’ai vécu de petits travaux, je ne touchais aucune pension militaire, l’Etat était en faillite, puis est arrivé le grand chambardement
(chute de l’URSS) rien n’a été facile.
Et pourtant j’arrivais à me payer une chambrette dans un appartement communautaire. J’y ai rencontré Boris. Il travaillait chez AZLK.
En 2010 c’est la fin, Boris n’a plus de travail, il me quitte, emmène notre fille Inna, je ne les ai jamais revus.

Pas de filet social
Dégoûtée de cette ville où chaque pavé me rappelle de tristes souvenirs je fuis à Saint-Pétersbourg.
Vendre des essuie-glaces aux carrefours, 14 heures pour 500 roubles, 8 francs. Une misère.
J’ai bien essayé de toucher la protection sociale mais ils demandaient tant de papiers que j’ai vite abandonné.
Et dans ces administrations personne pour aider des pauvres ères dans mon genre.
Je me suis réfugiée dans la banlieue de Saint-Pétersbourg, à Kurortnyy.

Mi terrain vague, mi campagne, les baraques abandonnées servent de refuge à bien des sans-abris.

Ils ont tout brulé
C’est là que je me suis mis avec Sasha. C’est mieux d’avoir un homme, on vous embête moins, sourit timidement Valya.
En automne, la flicaille a débarqué, ils nous ont houspillés, chassés, mis le feu à nos maigres affaires. Sasha a protesté “vous n’avez pas le droit, je connais la loi, je l’ai étudiée”. Les flics l’ont embarqué et depuis, plus aucune nouvelle.

Valya, sans un mot de plus, comme si elle en avait déjà trop dit, se réfugie dans la tente.

A Saint-Pétersbourg, comme Valya, plus de soixante mille personnes survivent dans des conditions indignes. Nous essayons de les aider au mieux.
Sans vous, sans vos appuis financiers, nous ne pouvons rien.
Notre tâche est immense, soutenez-nous, vous sauvez des vies.

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