Sasha, l’errance

Sept ans que Sasha vagabonde dans les rues de Saint-Pétersbourg. Sept ans de galère à survivre comme il peut.
Méfiant de tous et de tout, Sasha évite de s’intégrer aux groupes de sans-papiers sans-abris, qui, comme lui, ont tout perdu et se retrouvent sans identité administrative aucune.
Ce soir, Sasha a rejoint le Bus de Nuit à l’arrêt de Ligovo. Il se tient à l’écart. C’est tout juste si Vlada, la bénévole, ne doit pas le prendre par la main pour qu’il accepte la chaude nourriture et le thé offert.
Sasha raconte.

Avalé par le tourbillon
J’ai travaillé dans une usine de tissage, il y a huit ans elle a fermé. Dès que le propriétaire de la chambre que je louais l’a su, il m’a viré.
Sans lieu où loger, sans travail, très difficile d’en retrouver. Avec mes rares économies je dormais dans une auberge et cherchais un emploi. Mais très vite cela a tourné court et je me suis retrouvé à la rue.
On se lève le matin plein d’espoir, toujours en se répétant : eh bien, cela n’a pas fonctionné sur ce chantier, cela jouera ailleurs. Le tourbillon à travers l’immense ville commence. Et pendant la journée, on chasse toutes sortes de pensées, on cherche du travail, puis vient le soir, et on se rend compte qu’il n’y a nulle part où aller.
Au début, un seul endroit vient à l’esprit : la gare. Evidemment je ne suis pas le seul à parvenir à cette conclusion, par conséquent, les stations ferroviaires agglutinent les plus grandes concentrations de sans-papiers sans-abris.

Ne pas mourir : un stress énorme
Vlada : Vous savez on peut vous aider à rentrer chez vous dans votre famille, c’est quand même mieux que de dormir dans une maison abandonnée.
Sasha : Non, ils ne doivent pas savoir, de plus si je les ai quittés c’est que notre famille avait des problèmes économiques. Cela n’a certainement pas dû s’améliorer, alors vous pensez si j’y retourne, sans un kopeck en poche. Non.

Mais que c’est difficile de survivre. L’hiver c’est terrible

Vlada : Mais pourquoi ne pas nous demander de l’aide, vous adresser à Nochlechka ?
Sasha : Quand une personne est dans une situation de grand stress, et c’est un stress énorme que de survivre, vous avez besoin de quelqu’un qui vous prend la main et vous dit où aller, que faire.
Vlada : Lisez notre fascicule, venez, cela vous donnera l’occasion de vivre quelque part quelque temps, de se mettre en ordre administrativement, de laver vos vêtements, de parler avec nos assistants sociaux, nos avocats.

Perdu dans un insondable brouillard
Vlada en aparté nous dit que c’est fou comme parfois il est difficile de sortir la personne de sa condition, comme si elle s’était enfouie au plus profond d’elle-même, qu’elle vivait dans un brouillard permanent.
Vous imaginez plus de sept ans dans la rue. Incroyable déjà que Sasha soit vivant, physiquement pas trop amoché.
Et dire que vous, en Europe, vous avez des structures étatiques qui viennent en aide aux sans-abris.
Nous, ici on n’a rien. D’ailleurs l’Etat ignore les sans-papiers sans-abris

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