Morte-vivante

Son cadavre reconnu par des proches, Tatyana est déclarée morte dans les années 2000.
Une tromperie macabre afin de prendre possession de son appartement en Ukraine.

La double peine
Pendant près de dix ans, à Saint-Pétersbourg, Tatyana a essayé de résoudre cette situation elle-même, sans succès aucun.
En effet, comment prouver que l’on existe si l’on est doublement mort administrativement.
Morte pour l’état civil, Tatyana devient une sans-papier avec toutes les conséquences que l’on connaît.
Il a fallu cinq ans à notre bureau d’entraide judiciaire, cinq ans pour qu’enfin, début mars, le dossier de la mort de Tatyana soit annulé.

Décédée malgré elle
Décembre 2007, elle n’est plus certaine de la date, Tatyana se rend à l’administration pétersbourgeoise pour obtenir un passeport russe.
Et oh stupeur, le préposé derrière son guichet l’informe sans sourcilier qu’elle est morte et enterrée.
Vous imagez, j’étais complètement abasourdie raconte Tatyana. J’ai voulu montrer à ce fonctionnaire abruti que j’étais vivante. Je me suis mis à danser devant le guichet, j’ai glissé, me suis cassé la jambe et tout en hurlant de douleur je me suis retrouvé dans un hôpital.
Tatyana en gardera de forts stigmates. Aujourd’hui encore Tatyana boîte bien bas.

La nouvelle s’ébruite, mon logeur me met à la porte. A ma sortie de l’hôpital je me retrouve estropiée, à la rue, sans-papier valable. Des amis par-ci, par-là m’hébergent un temps puis, je trouve refuge, un autre temps, à l’organisation caritative “Intercession community”.. Je travaille au noir.

Le cadavre vivant
Dès que je le peux, j’essaye de prouver que je suis bien vivante. J’ai tous les papiers nécessaires qui ne sont cependant pas reconnus puisque je suis morte. Encore heureux que l’on ne m’ait pas accusée d’usurpation d’identité.

On nage en pleine absurdité, une situation digne de Kafka.
Après l’échec du tribunal de district, Tatyana fait appel à une autre juridiction. Là, le cas du “cadavre vivant”, comme le tribunal le surnomme, est accepté pour examen. Mais la justice n’est guère pressée de statuer sur le cas de cette personne, en quelque sorte, fantomatique.

Ressusciter administrativement
Avant de connaître Nochlechka j’ai vécu cinq ans dans la rue. Je vous assure, il y avait des nuits où j’aurai préféré être réellement morte.
Je n’avais plus rien. Et bien évidemment, j’avais perdu toute espoir de ressusciter administrativement.

Nochlechka m’a hébergé et continue à le faire. Ses juristes, absolument fantastiques, sont enfin arrivés à ce que l’on me rendre justice.

Notre avocat Slava Samonov souilgne : bientôt, Tatyana recevra un passeport et d’autres documents nécessaires. Enfin, elle pourra reprendre vie, retrouver une existence dans laquelle elle n’aura plus besoin de notre aide. Nous espérons vraiment, que rapidement, il en sera ainsi.

Notre Centre Juridique aide quotidiennement les sans-abris à retrouver leur identité.
Notre tâche est immense. Soutenez-nous, vous sauvez des vies.

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