Karina apatride

Un barbecue qui tourne mal et Karina se retrouve apatride.
Il faut vivre en Russie pour que ce genre de raccourci existentiel puisse se passer.

En un instant le cauchemar
Karina Khasaya arrive en Russie au début des années 1990. Avec sa famille, elle fuit les troubles en Abkhazie.
Juin 2008, nous sommes à Saint-Pétersbourg, dans le quartier de Krasnogvardeisky.
Au pied de l’immeuble, dans la cour arborisée, Karina Khasaya, 21 ans, et ses amis préparent un pique-nique. Afin d’aviver les braises, Nora, l’une des participantes, verse de l’alcool à brûler sur le grill. Karina prend feu, son corps est à 43% brulé. L’embrasement détruit son sac à dos, le certificat de naissance et l’attestation universitaire qui s’y trouvent aussi.
En quelques secondes Karina est devenue une sans-papier. Elle a tout perdu.

Une vie clandestine
Après un très long séjour à l’hôpital, Karina rencontre Narim, c’est le coup de foudre, ils veulent se marier et c’est impossible, Karina administrativement n’existe plus.
Sans identité, Karina n’a pu retourner en classe, elle survit de petits boulots au noir mal payés, quand c’est le cas. Elle partage une chambre avec son amoureux.
En 2014, Karina a une fille, Nasha, mais sans-papier de la mère, la naissance n’est pas reconnue, l’enfant ne peut voir un pédiatre, ne pourra pas aller à l’école.
Que le père soit dument enregistré n’y change rien, pour l’Etat russe, Karina est une apatride, le jeune bébé, lui aussi, se retrouve sans aucun droit.
Il y a deux ans, en 2018, à la radio, Karina entend parler de Nochlechka, de son service juridique.
Et commence un travail de Sisyphe, redonner une identité à la jeune maman comme nous l’explique Vyacheslav Samonov, l’avocat de l’ONG.
Avec notre aide, non sans mal, Karina a récupéré son certificat de naissance et dans la foulée nous avons demandé que soit reconnu qu’elle réside en Russie depuis le 6 février 1992.

L’entêtement administratif
Mais pour le tribunal, Karina est arrivée en Russie entre 1992 et 2002 et il ne peut accéder à la demande. Une décision arbitraire, un laps de temps des plus vagues ne reposant sur aucun fait concret.
La lutte s’annonce difficile, longue.
Pour le moins, Karina ne perd pas espoir, et déjà elle se projette dans un futur pas si éloigné, espère-t-elle, quand enfin elle sera devenue une citoyenne à part entière, que sa fille pourra se rendre à l’école, être soignée quand nécessaire.
Quand elle et sa fille ne vivront plus dans la clandestinité, dans la peur, toujours à la merci d’un contrôle de police, d’un internement administratif, de leur expulsion du territoire russe.
Quand j’aurai mes documents, nous dit Karina, je veux étudier, devenir infirmière. Oui, j’ai 33 ans, oui, je dois retourner à l’école, il n’est jamais trop tard pour apprendre. Je veux aussi que mon enfant puisse faire de même. Ce n’est pas normal qu’à six ans ma fille Nasha soit ainsi tenue à l’écart, privée de tout.

Soutenez Nochlechka, ses juristes, vous sauvez des vies.

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