Eh bien, il y a du monde ce soir, s’exclame Oleg Kononenko, le conducteur du Bus de Nuit. Éclairée par les phares du véhicule, la file des crève-la-faim est conséquente.
On remarque, depuis quelques semaines, que ce ne sont plus seulement les sans-papiers sans-abris qui se pressent à notre distribution de vivre, mais des hommes, des femmes lambdas dans le besoin, ajoute Oleg Kononenko.
La crise frappe tout le monde
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine, les conséquences économiques de la guerre se font sentir parmi la population russe.
Je ne suis pas allé dans un magasin depuis trois ans, s’exclame Dimitri, cet ancien médecin à la retraite. Pour moi, comme bien de mes compatriotes, tout devient trop cher pour que nous puissions nous en sortir avec notre retraite. Nous rognons sur toutes les dépenses, même les plus indispensables, mais rien n’y fait. Pour ne pas crever de faim, malgré ce froid extrême, souvent je sors. Au Bus de Nuit, ils nous donnent à manger.
La nourriture de base en forte hausse
Depuis cette invasion, en cumulé, et à ce jour, l’inflation moyenne russe de ces 4 ans de guerre s’élève à 34,80%. Quelques articles ont particulièrement été touchés, les oignons +87 %, le chou +56 %, les pommes de terre +250%, les produits laitiers +41 %.
Le prix des concombres et des cornichons a connu des hausses spectaculaires, devenant un symbole de cette inflation de guerre. En février 2026, à Saint-Pétersbourg, à Moscou, le prix de ces symboles de la cuisine russe atteint des niveaux comparables à ceux de la viande.
Fins de mois difficiles
Le panier alimentaire moyen a augmenté de 18,6 % entre janvier 2024 et janvier 2026. Ces prix en forte hausse pèsent considérablement sur le pouvoir d’achat des retraités.
Nina, une ingénieure de 77 ans, explique qu’elle non plus ne peut plus se rendre au supermarché. Qu’elle se prive de repas et, quand elle n’y tient plus, elle rejoint le Bus. Zinaïda, une ancienne pédiatre de 68 ans, explique que sa pension de retraite mensuelle s’élève à 26’400 roubles (environ 270 CHF). Au cours des trois dernières années, les prix des denrées alimentaires se sont énormément péjorés, constate-t-elle. Et même si nos retraites ont augmenté de 39,4% (en cumulé depuis février 2022), nous avons bien de la peine à joindre les deux bouts, ajoute Nina.
Plus de bouches à nourrir
Il y aucun doute, souligne encore Oleg Kononenko, chaque semaine qui passe nous voyons augmenter le nombre de personnes. Affamées, elles se pressent à nos arrêts de distribution de vivre. Difficile à gérer ce flux et la rudesse hivernale n’arrange rien, poursuit Oleg. Nos ressources ne sont guère extensibles, et maintenant nous ne pouvons plus resservir deux fois les personnes. On le regrette amèrement mais avec ce froid, toutes et tous ont besoin de se nourrir.
Une assiette de soupe chaude à la main, Vladimir, un sans-papier sans-abri, 48 ans bien marqués, un habitué du Bus de Nuit, constate, lui aussi, ce nouvel afflux.
C’est tout de même incroyable qu’aujourd’hui nous côtoyons ces citoyens dans le besoin. Il y a quelques temps encore, jamais nous ne les aurions croisés, il est probable que la majeure partie d’entre eux nous auraient jeté l’opprobre.
Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver des vies, aidez-nous.
Important : malgré les obstacles du boycott, nous arrivons toujours à transférer votre appui financier.