Sortir de l’orphelinat en Russie représente une terrible épreuve. L’orphelin étant très rarement préparé à loi de la jungle qui l’attend.
On croyait que ce thème avait presque disparu en Russie, on se rend compte, avec le cas de Dimitry, que ce n’est pas encore le cas, que les raisons de ce sans-abrisme jeune restent les mêmes, ou presque. Lire le dossier.
Un changement cosmétique ?
A Moscou, le système des orphelinats a été restructuré. Les anciens “orphelinats d’État” sont désormais souvent appelés Centres d’aide à l’éducation familiale (Центр содействия семейному воспитанию – CSSV).
Théoriquement, ces centres accueillent les enfants et travaillent à leur réintégration dans des familles d’accueil ou d’adoption. Ce ne fut pas le cas de Dimitry et de bien d’autres orphelins.
Dimitry perd ses parents dès ses 8 ans, il se retrouve dans l’établissement CSSV n°63, situé au 63 rue Polbina à Moscou. Un lieu dur, sans amour, un refuge où les orphelins sont traités sévèrement, où les moyens économiques alloués à sa bonne gestion sont maigres, les plateaux repas aussi, l’éducation réduite à son strict minimum.
L’article 57 n’est pas toujours respecté
De famille d’accueil, Dimitry n’en entendra pas parler. Il n’a pas connaissance, non plus, qu’à sa sortie il a droit à un logement.
En effet, en Russie, la législation concernant les orphelins est formelle : l’article 57 du nouveau Code du logement, paragraphe 2, adopté en 2004 stipule : le logement est accordé en priorité, à leur majorité civile, aux orphelins qui sont restés sans soutien parental ou familial, dès leur sortie des établissements d’enseignement et autres foyers publics, y compris ceux de l’aide sociale, des familles adoptives, des orphelinats de types familiaux.
Un droit inaccessible
Les ayants-droit d’un de ces logements sont inscrits sur une liste d’attente. Une liste d’attente longue comme le bras. Elle s’étend sur des décennies.
Fin 2025, la ville de Moscou a pu fournir des appartements à environ 900 orphelins. On estime, à cette époque, que Moscou compte de 17’000 à 18’000 orphelins ou privés de protection parentale. Pas surprenant qu’après l’orphelinat, bien de ces adolescents n’ont que la rue pour les accueillir.
A ma sortie de l’orphelinat, on m’a donné une liasse de papiers. Je n’y comprenais rien, je les ai jetés dans une poubelle. Je dormais en journée dans le métro, la nuit, où mes déambulations me conduisaient, raconte Dimitry.
De tous les périls
Dimitry a eu de la chance, relève Victoria Veselovskaya, l’une de nos avocates. La rue pour des adolescents est des plus dangereuses. Ils sont la proie de bandes de malfrats prêtes à les engager pour une pitance en échange de participer à leurs larcins. Toujours placés en première ligne, c’est eux qui trinquent si l’opération tourne mal. Les ados risquent aussi d’être entraînés vers la prostitution ou encore envoyés sur le front ukrainien.
Sans fin
Nochlechka a entrepris les démarches pour que Dimitry trouve le logement auquel il a droit. Mais voilà, pour l’instant, Dimitry figure au 344e rang de cette liste, un délai d’attente théorique d’environ deux ans, si tout se passe bien.
En attendant, nous allons loger Dimitry dans une chambre d’auberge avec laquelle nous travaillons et lui trouver un travail, ajoute encore Victoria Veselovskaya.
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